Le français d'ailleurs

 

J’ai eu le bonheur de résider quelques temps à Bruxelles.
De ce petit moment de ma vie passé Outre-Quiévrain (1), je rapporte quelques photos instantanées non imprimables, non restituables mais gravées à jamais.
Mon être s’est enrichi de la culture, de la diversité, de la beauté, de la magie de ce pays.

J’ai été littéralement conquise par l’extrême sympathie et la gentillesse des personnes que j’ai eu la chance d’y rencontrer.
Au delà de cette expérience humaine d’une intensité exceptionnelle, j’ai eu le plaisir d’y apprendre quelques particularités de langage.
Je m’attacherai à vous livrer ici, le versant technico-pittoresque de cette aventure.

Vous allez découvrir quelques uns des belgicismes les plus courants distillés et commentés par petites touches attendrissantes.

A titre d’avant propos, il convient de distinguer les mots qui font partie du langage populaire, de ceux officiellement usités au sein de la communauté francophone belge.

Cette dernière catégorie de vocabulaire est à utiliser impérativement dans tout échange avec une personne originaire du plat pays, au risque de vous faire immanquablement repérer comme étant originaire de France.

En effet, si les Belges ont accès aux médias français et nous comprennent sans aucune difficulté, il en va autrement de leurs visiteurs ou correspondants qui ne maîtrisent pas forcément leurs particularismes francophones.

Bienvenue et bonne visite dans l’univers chaleureux de la belgitude (2) .

Septante, octante et nonante :

Commençons par un petit travail de réflexion linguistique et étymologique.

Ainsi, lorsque nous comptons, pourquoi sourions-nous à la simple évocation des mots septante, octante et nonante, dont la langue française nous a brillamment dotés ? (3)

En Belgique, la partie francophone utilise toujours ces nombres beaucoup moins complexes que nos soixante-dix et quatre-vingt-dix.
De même, pour la Suisse romande qui utilise toujours le octante.

Ring et ceinture :

Attention !
Si l’on vous parle du ring, ce terme ne désigne pas un espace dédié à l’art de la boxe mais bien la rocade, ou si vous préférez, le périphérique de la ville.

A Bruxelles, vous entendrez aussi le terme petite ou grande ceinture, selon que l’on vous parle des boulevards tracés sur base des vestiges de la première ou de la seconde enceinte de la cité.

Bourgmestre et maison communale :

Lors de mon arrivée en Belgique, j’ai cherché en vain la mairie ainsi que le premier magistrat de la commune, après quelques regards compatissants et amusés, des passants m’ont gentiment indiqué le lieu où je trouverai la maison communale ainsi que le bourgmestre.

Schief :

A Bruxelles, dans un langage très familier s’il l’on vous dit que vous êtes un schieve architek (4), ne souriez pas, on vous a qualifié de fou.

De manière générale, l’adjectif schief signifie de travers.
Le terme schieve architek provient d’une légende bruxelloise relative à l’édification et à la conception de l’hôtel de ville de Bruxelles qui se trouve sur la Grand Place, face à la Maison du Roi.
D’un simple regard, le visiteur de cette magnifique place se rend compte que la tour principale est décentrée vers la droite de l’édifice.
Hôtel de ville de Bruxelles
La légende raconte qu’une fois les travaux achevés, l’architecte s’apercevant de sa grossière erreur, s’est suicidé en se jetant du haut de cette tour.

La cause plus vraisemblable de cette particularité architecturale tient à la volonté de créer une symétrie et une harmonie d’ensemble du site (5).

A très bientôt pour la suite de notre voyage au pays du neuvième art.

_____________________

Sources : Wikipédia

1 - Le terme fait référence à deux communes situées de part et d’autre de la frontière franco-belge : Quiévrain (côté belge) dans la province de Hainaut et Quiévrechain (côté français) dans le Nord.
Par réciprocité, il s’applique aussi pour désigner la Belgique depuis la France.

2 - Le terme de belgitude a été forgé, au détour des années 1970-1980, par allusion au concept de négritude exprimé par Léopold Sédar Senghor. Il recouvre en quelque sorte, avec le sens aigu de l'autodérision qui caractérise les Belges, l'étendue de leur interrogation identitaire. L'identité belge apparaît comme une identité « en creux » : elle se définit surtout par tout ce qu'elle n'est pas. Le Belge n'est ni Français, ni Néerlandais, ni Allemand, tout en étant un peu de tout cela : ancien sujet des Habsbourg d'Espagne puis d'Autriche, ancien citoyen de la République française, puis du Premier Empire, Néerlandais après le Congrès de Vienne, enfin devenu indépendant à la faveur d'un consentement paternel des grandes puissances.

3 - Sources : monsu.desiderio.free.fr/curiosites/septante et http://www.academie-francaise.fr/langue/questions.html#septante

C’est au XVIIe siècle, sous l’influence de Vaugelas et de Ménage que l’Académie et les auteurs de dictionnaires ont adopté définitivement les formes soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix.
Il est à noter pourtant que les mots septante, octante, nonante figurent dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française.
Encore conseillés par les Instructions officielles de 1945 pour faciliter l’apprentissage du calcul,
ils restent connus dans l’usage parlé de nombreuses régions de l’Est et du Midi de la France, ainsi qu’en Acadie.
Ils sont officiels en Belgique et en Suisse (comme en outre, dans ce pays, huitante)

Histoire d'une disparition :

On peut attribuer à Vaugelas la mort de septante, octante, nonante :
'Septante', n'est François, qu'en un certain lieu où il est consacré, qui est quand on dit la 'traduction des Septante' ou les 'Septante Interpretes', ou simplement 'les Septante', qui n'est qu'une mesme chose. Hors delà il faut toujours dire soixante-dix, tout de mesme que l'on dit 'quatre-vingts', & non pas 'octante', & 'quatre-vingts-dix' & non pas 'nonante'. Vaugelas (Claude Favre de), Remarques sur la langue françoise.

Mais on peut constater encore dans l'usage parisien au XVIIe s. une concurrence des deux comptes. Chez Molière, Frosine dans l'Avare dit à Harpagon en le flattant sur sa longévité : « Par ma foi, je disais cent ans, mais vous passerez les six-vingts. », acte II, scène 5). Et le même Molière écrit dans le Bourgeois gentilhomme (acte III, scène 4) : « Quatre mille trois cent septante-neuf livres douze sous huit deniers à votre marchand. »
Bossuet, Voltaire emploient encore septante et nonante. De Voltaire :
[M. de Villars] vient quelquefois dîner à Ferney ; mais, tant que j'aurai mes neiges, je n'irai point chez
lui.... observez qu'il n'a que soixante ans, et que j'en ai bientôt septante, quoi qu'on dise.
Il [Fleury] porta le sceptre des rois, Et le garda jusqu'à nonante [ans].
Pourtant, le même Voltaire employait aussi quatre-vingt-dix :
Il est fort égal de mourir sur un échafaud ou sur une paillasse, pourvu que ce soit à quatre-vingt-dix ans.

Dans la Bible de Sacy, précédemment, on a ainsi septante :

Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. (Évangile selon saint Mathieu).

4 - Prononciation : « ch » se prononce « k » et « ie » est un « i » long.

5- La construction de l'aile gauche de l'Hôtel de Ville est confiée en 1402 à Jacques Van Thienen. Devenu le symbole de l'ensemble de la population après le partage du pouvoir entre le patriciat et les métiers en 1421, le bâtiment est complété par une seconde aile entre 1444 et 1450, puis par une tour monumentale de 1449 à 1454, construite sur l'emplacement de l'ancien beffroi par Jan Van Ruysbroeck. La statue en cuivre haute de 12 pieds (2,70 m) représentant Saint-Michel écrasant le démon, réalisée par Martin Van Rode, fut hissée au sommet de la flèche en 1454.

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